LA COURNEUVE, Seine-Saint-Denis (Reuters) - François Bayrou et Dominique Voynet ont fait campagne à la cité des 4.000 de La Courneuve (Seine-Saint-Denis), où la rancoeur envers Nicolas Sarkozy, qui y avait parlé en 2005 de nettoyage au "Kärcher", semble tenace.
A huit jours du premier tour de la présidentielle, SOS Racisme avait invité tous les candidats, à l'exception de Jean-Marie Le Pen et de Philippe de Villiers, à venir débattre avec des habitants sur les thèmes de la discrimination et de la citoyenneté.
Seuls à répondre à l'appel, les chefs de file de l'UDF et des Verts ont débattu tour à tour avec une centaine de personnes installées au soleil sur une pelouse située au coeur des barres d'immeubles de la cité qui a souvent fait la "une" de la rubrique faits divers des journaux télévisés, au grand regret de ses habitants.
"Il faut reconnaître que les politiques, ils viennent toujours au moment des élections ou quand il y a des gros problèmes", a dit à Reuters Sylviane Lemaire, agent d'entretien qui a habité pendant 25 ans l'immeuble Renoir des 4.000, aujourd'hui démoli.
Lors du débat, plusieurs membres de l'auditoire ont laissé éclater leur colère envers Nicolas Sarkozy.
C'est en réponse à un habitant des 4.000 que l'ancien ministre de l'Intérieur avait parlé de nettoyer au Kärcher le quartier, qu'il était venu visiter en juin 2005 après la mort d'un enfant victime d'une balle perdue.
"Nous, on ne peut supporter le communautarisme que Sarkozy est en train d'installer ici depuis des années", a déclaré à Reuters une femme d'origine mauritanienne, Aichetou Hadi.
"Il y a des jeunes qui ne veulent pas le voir ici. Et quand vous vivez ici, quand vous ne travaillez pas, quand vous avez été exclu de l'école à 14 ans, vous savez, vous n'avez pas grand chose à perdre", a ajouté ce professeur d'histoire-géographie.
"Les politiques qui disent qu'il faut nettoyer au Kärcher, c'est pas la France, c'est l'Amérique. Les immigrés ne veulent pas la guerre mais vivre libre et fiers. C'est pas des terroristes, c'est pas Al Qaïda, comme dit M. Sarkozy", a déclaré un homme à François Bayrou.
"Un pays est profondément malade lorsque certains de ceux qui y vivent ont l'impression d'être les ennemis des autres", a répondu le candidat centriste, qui est resté plus d'une heure sur place.
"Si le président de la République ne fait pas le travail de faire monter la compréhension entre les gens, le pays ira très mal", a ajouté l'ancien ministre, qui a reçu un accueil plutôt chaleureux de la part des habitants, dont certains l'ont applaudi.
Dominique Voynet a ironisé sur le candidat de l'UMP, qui a eu un vif débat vendredi soir avec des jeunes des quartiers dans une salle de sports de Meaux (Seine-et-Marne).
"Il y a deux types de candidats : ceux qui franchissent le périphérique entourés d'une horde de policiers pour se rendre dans des événements organisés par leur équipe de façon extrêmement soigneuse et bien bordée, et il y a ceux qui prennent le métro, qui vont dans les petits commerces des quartiers et discutent avec les habitants tous les jours," a-t-elle dit à la presse après le débat.
"Je suis élue de Seine-Saint-Denis, je n'ai jamais peur du contact avec les habitants", a souligné la sénatrice écologiste.
SOS Racisme a soumis aux candidats une liste de dix propositions pour mieux lutter contre les discriminations.
L'association propose notamment d'expérimenter les CV anonymes dans les entreprises de plus de 50 salariés, la construction de 150.000 logements sociaux ou encore la délivrance d'un ticket à toute personne contrôlée par la police, afin d'éviter les contrôlés d'identité abusifs.
Un compte-rendu fort intéressant qui montre que François Bayrou, lui, se rend disponible, répond positivement aux solicitations des associations et surtout, n'a pas peur d'aller partout sur le territoire sans préparer ses "sorties" des semaines à l'avance en usant de la protection de centaines de CRS...
L'UMP avec Bayrou
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